a pile of gold and silver bitcoins

Bitcoin à 100 000 $ : le mouton court toujours plus vite vers l’abattoir

Ça y est, le Bitcoin a dépassé les 100 000 dollars. Champagne (payé en USDT), feux d’artifice (façon NFT inutile) et hystérie collective sur les réseaux. La messe est dite : les crypto-bulles n’apprennent jamais. Depuis 2013, le scénario est le même : des “hodlers” crient au nouvel étalon monétaire, des gourous autoproclamés annoncent un BTC à 1 million de dollars, les médias grand public découvrent la blockchain comme si c’était une technologie sortie de nulle part, et les investisseurs particuliers se ruent sur le train en marche… juste avant le déraillement.

Mais cette fois, la fête a un goût particulier. Entre un halving imminent, une réserve fédérale qui joue au poker menteur avec les taux et un marché crypto plus mutant qu’un shitcoin en pleine dilution, le passage du cap symbolique des 100 000 $ ressemble moins à un triomphe qu’à un coup de dé cosmique.


Le halving : toujours le même film

Tous les quatre ans, c’est la même rengaine : le halving, cet événement où les récompenses des mineurs sont divisées par deux, réduit l’offre nouvelle de Bitcoin, créant une pénurie artificielle qui, théoriquement, pousse les prix à la hausse. En 2012, en 2016, en 2020, le scénario a tenu. Pourquoi ? Parce que le Bitcoin est un marché auto-référentiel, où les prix montent parce que tout le monde croit qu’ils vont monter.

Et cette année, l’effet est décuplé par un élément inédit : les ETF Bitcoin spot, enfin approuvés par la SEC. Résultat ? Des flux massifs d’achats institutionnels qui retirent de la liquidité du marché… et l’alimentent en même temps. Parce que, soyons honnêtes, ces ETF ne sont pas des fonds de conviction, mais des produits d’appel pour vendre du rêve à des clients qui ne comprennent pas un iota à la tokenomics.

Mais alors, qui achète du Bitcoin à 100 000 $ ?


Les institutions rigolent, les particuliers s’excitent

Spoiler alert : ce ne sont pas les gros poissons qui font grimper les prix. La plupart des fonds qui s’intéressent au Bitcoin sont déjà exposés depuis longtemps et profitent de la montée pour refiler leurs bagages au retail, cette masse d’investisseurs convaincus d’arriver à temps pour l’explosion finale.

  • Entre novembre 2023 et mars 2024, les entrées nettes des ETF Bitcoin aux US dépassent les 10 milliards de dollars.
  • En janvier 2025, Google Trends sur “comment acheter du Bitcoin” atteint des sommets… tiens donc.
  • Et pendant ce temps, les volumes d’échanges sur Binance explosent, prouvant une fois de plus que la soif spéculative ne se désaltère jamais.

Moralité : les institutions prennent des bénéfices, les particuliers ramassent les miettes, et on nous refait le coup du cycle haussier auto-alimenté. Jusqu’à l’inévitable douche froide.


Taux directeurs : et si la fête s’arrêtait ?

Car pendant que le marché crypto danse la lambada, la Fed et la BCE sont toujours à la manœuvre. Après avoir orchestré une remontée des taux ultra-agressive en 2022-2023, les banques centrales donnent des signaux contradictoires sur leur politique monétaire.

  • Si la Fed baisse les taux, l’argent devient plus liquide, et la spéculation peut continuer.
  • Si elle les maintient hauts plus longtemps, les marchés risquent de grincer des dents… et Bitcoin avec.

Et c’est là le vrai problème. Bitcoin, présenté comme une réserve de valeur hors système, est en réalité de plus en plus corrélé aux marchés financiers traditionnels. Il suffit d’un discours un peu trop faucon de Powell pour refroidir les ardeurs.

Mais ça, les investisseurs particuliers ne veulent pas l’entendre.


Ethereum et les Shitcoins : l’ombre du casino

Pendant que le BTC joue son énième montée biblique, Ethereum suit, mais sans enthousiasme. Le passage au proof-of-stake, censé le rendre plus écolo et plus efficace, n’a pas eu l’effet escompté : les frais explosent à nouveau, la scalabilité est toujours un problème, et les régulateurs ont Ethereum dans le viseur pour sa supposée proximité avec les titres financiers classiques.

Mais le plus amusant, c’est la résurgence du marché des shitcoins.

  • Un obscur jeton “HALVING COIN” vient de faire +20 000% en une semaine, avant de s’effondrer.
  • Un certain “PEPE v3.0” attire les foules en promettant… absolument rien.
  • Et sur Twitter, des influenceurs crypto recyclent leurs pires conseils de 2021, comme si le marché avait la mémoire d’un poisson rouge.

Bref, le casino a rouvert ses portes. Et si l’histoire se répète, la fin sera la même : quelques gagnants, beaucoup de perdants, et un marché à reconstruire après l’explosion finale.


La musique s’arrête toujours

Bitcoin à 100 000 $, c’est historique. C’est excitant. Mais c’est surtout un énième épisode du cycle crypto : une montée en flèche, alimentée par un effet de rareté, un afflux de nouveaux entrants, et une bonne dose de narratif optimiste.

Mais les faits sont têtus :

  • Les gros porteurs vendent, pendant que le retail achète.
  • Les banques centrales peuvent tuer le rallye en un discours.
  • Le marché crypto n’a jamais réussi à échapper à son ADN spéculatif.

Alors oui, Bitcoin peut monter encore. Peut-être 120 000 $. Peut-être 150 000 $. Mais la question n’est pas jusqu’où il ira, c’est quand la musique s’arrêtera.

Et comme d’habitude, ceux qui dansent aujourd’hui seront les premiers à pleurer demain.